05/02/2018

LE VOILE, UNE INVENTION CHRETIENNE ?

Au fil des débats suscités par l’épineuse question du voile islamique, il est fréquent d’entendre que ce sont les chrétiens qui, les premiers, ont institué le port du voile pour les femmes. En renfort de cette affirmation sont invoqués le fait que Marie, la mère de Jésus, est invariablement représentée couverte d’un voile bleu, de même que les déclarations péremptoires de l’apôtre Paul dans la 1ère Epître aux Corinthiens (ch 11). Ainsi les musulmans n’auraient rien inventé et se seraient contentés de suivre un usage qui les précédait de plusieurs siècles.

Quelle est la valeur de cet argument ? 

Commençons par un constat de simple bon sens. Aucune dénomination chrétienne actuelle n’exige des femmes qu’elles soient voilées. Ce sujet n’est jamais débattu entre théologiens. Si un tel usage a pu exister dans les temps anciens, il est depuis longtemps révolu. C’est donc qu’il relevait dés le départ de mœurs révisables et non d’une vérité fondamentale.

Les peintres qui ont représenté Marie voilée ont imaginé qu’elle avait pu en être couverte conformément à ce qu’ils supposaient des mœurs des femmes d’Israël en cette lointaine époque. Mais après tout, personne n’en sait rien. Il n’existe aucun portrait direct ni aucune description physique de la Sainte Famille. Que Marie ait été voilée cela se peut bien mais il faut en rester là.

Plus décisif semble être l’avis de l’apôtre Paul : « Il n’est pas convenable qu’une femme prie Dieu sans être voilée ». Remarquons déjà que Paul s’exprime dans le cadre restreint du culte et non dans celui, beaucoup plus large, de la vie quotidienne. La recommandation qu’il fait est de nature liturgique et concerne les cérémonies chrétiennes. L’apôtre est très soucieux de fixer les règles du culte et selon lui le port du voile en fait partie. De là vient certainement que les ordres religieux féminins, qui se conçoivent comme vouant leur vie entière au service de Dieu, aiment à porter un voile ou un équivalent. Or rien de tel pour la vie laïque.

A cela s’ajoute que dans ce passage l’apôtre Paul reste très conscient de parler de son propre chef. Il n’écrit nulle part qu’il s’agit d’une parole    «reçue du Seigneur» comme le sont par exemple celles qui ont trait au dernier repas du Maître avant son arrestation. Il n’affecte donc pas son propos du coefficient de la révélation. Même s’il n’apprécie guère d’être contredit, il ne sort pas du registre de ce qui lui paraît convenable. C’est son avis, rien de plus. Si bien qu’une chrétienne priant tête nue contreviendrait aux règles toutes humaines fixées par l’apôtre mais n’offenserait certainement pas son Dieu. Il est d’ailleurs raisonnable de penser qu’une telle contestation s’est produite. La vie était émancipée dans la Corinthe hellénistique et il devait s’y trouver plus d’une Lysistrata…

On fera pour finir remarquer que dans ce passage transparaît une justification patriarcale qui paraît déplorable aux postmodernes que nous sommes : « Le chef de la femme, c’est l’homme… ». Il est exact que la conception que l’apôtre se fait des relations entre homme et femme reste tributaire pour une large part d’une culture et d’une mentalité imprégnées par le patriarcat. Mais personne n’est obligé de le suivre sur ce terrain. D’autant plus que lui-même a l’intelligence de limiter son préjugé au seul plan terrestre. Devant Dieu au contraire règne une parfaite égalité au point qu’il n’y plus ni homme ni femme…

Ce dernier élément n’est pas sans intérêt dans la discussion avec l’Islam.

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Commentaires

Certes, c'est l'usage que les islamistes en font qui n'est pas chrétien.

Écrit par : Maendly Norbert | 05/02/2018

Bonjour M. Schmid, c'est un plaisir de vous lire, comme aux prêches vous aimez à toucher aux sujets sensibles de l'actualité - ce qui est nécessaire de la part du Ministère.

J'aurais deux commentaires à faire sur votre article, un sur le judéo-christianisme paulinien, et un sur l'Islam:

Premièrement, concernant les opinions de l'apôtre Paul, il faut non seulement considérer ce que vous en dites, mais encore que le fonds culturel duquel Paul/Saul s'exprime est en fait conditionné anthropologiquement par son origine juive, de type pharisien. Son avis sur la voilure (plus qu'un voile) des femmes en cadre cultuel en est héritier, plus que sa nouvelle condition de chrétien. Il ne fait au final que reprendre là les coutumes juives en matière de culte synagogual.

Deuxièmement, concernant le voile islamique et son origine, je souhaiterais vous rendre attentif aux études philologiques menées sur le Coran par le docteur allemand Luxenberg (nom d'emprunt, n'est-ce-pas), "Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Christoph_Luxenberg). Son étude semble avoir révélé que la traduction "voile" par interprétation de mots non-arabes (syriaques en fait) par les théologiens-juristes de langue arabe est en fait une erreur de traduction du mot "ceinture", les ceintures ayant été signes de chasteté pour les vierges dans les coutumes syriaques, reprises dans la poésie mystique chrétienne, dont des extraits ont été repris par le rédacteur du Coran - qui n'hésitait pas à emprunter de larges unités textuelles exogènes pour les besoins de la composition, selon Luxenberg, confirmé par Sami Aldeeb (traducteur du Coran pour la Confédération).

Dans ce cas, l'origine du voile serait une erreur de compréhension d'un texte chrétien syriaque par des théoriciens islamiques l'ayant pris pour un texte de souche arabe-musulmane, pour ainsi dire pour un "original" du Coran, et ayant en quelque sorte improvisé une interprétation. Celle-ci étant devenue loi de par la mécanique du corpus coranique au sens large (Coran, biographie de Mahomet et textes d'interprétation à valeur légale des Hadiths).

Merci pour votre article et à bientôt j'espère,

Frédéric

Écrit par : Frédéric E. | 06/02/2018

Merci beaucoup pour ces précisions érudites ! L'arrière-plan pharisien et synagogal dont vous parlez est sans doute ce que Paul appelle, au début de son développement, "les traditions que je vous ai transmises". Ce ne sont en tout cas pas des traditions "reçues du Seigneur", mais plutôt en effet des pratiques en usage chez les juifs et chez les paléo-chrétiens de la communauté de Jérusalem… L'islam lui donne un autre sens qui signifie le statut inférieur de la femme par rapport à l'homme.

Écrit par : vincent schmid | 06/02/2018

Je présume que mon précédent commentaire n`est pas passé ou alors vous a déplu car il contrevient a la théorie selon laquelle l`Islam fait porter au voile la signification du statut inférieur de la femme. Avez-vous pensé au fait que, bien avant l`Islam et un peu partout mais surtout dans les civilisations des pays chauds (ou la sexualité est plus active), les femmes "honnetes" se reconnaissaient en particulier par le fait qu`elle cachaient les parties du corps les plus aptes a provoquer l`excitation sexuelle masculine. Or, la chevelure est justement dans ces dans la plupart des cultures y compris modernes. Vous le savez, les religions monothéistes donnent en général beaucoup d`importance a la fidélité conjugale qui, pour des raisons biologiques, est relativement plus en danger dans les pays au climat chaud...

Écrit par : JJ | 06/02/2018

De quel commentaire parlez-vous, JJ? Après vérification je n'ai rien reçu...

Écrit par : vincent schmid | 07/02/2018

Extrait de la présentation de l’expo «Voile et dévoilement» que les services d’intégration (qui sont obsédés par l'idée de nous faire avaler ce symbole)se sont arrachée… à nos frais! «Aujourd’hui essentiellement assigné à l’islam, le voile était tout d’abord imposé aux femmes par les arguments religieux du christianisme.» Ah ce Paul, à qui pourraient se fier les musulmans et autres prosélytes du foulard s’il n’avait pas prononcé ces paroles qui les ravissent?
Fribourg le dernier a organisé un ensemble de manifestations autour de cette exposition avec participantes unanimes pour soutenir ce signe religieux de discrimination. Le Centre suisse islam et société était partie pour le clou de ces manifestations: il a délégué une de ses collaboratrices pour dialoguer avec Agnès de Féo à propos de son film sur des femmes en niqab. Pour elle, «… leur démarche, en refusant la jouissance du regard masculin sur leur corps, se rapproche davantage d’une revanche féministe et d’une forme de castration symbolique des hommes. Idem pour le hijab, le jilbeb (réd: longue robe informe) et le burkini.»
Je me suis amusée à chercher des représentations de femmes européennes dans l’Antiquité, au moyen âge, à la Renaissance… Évidemment,de rares femmes portant un voile. A la Cour des rois de France, des femmes en perruques qui portaient de larges décolletés.
Quelle mascarade, cette idée que nous avons été aussi arriérés que l’islam question vêtements des femmes!
Quant à Marie, elle est effectivement souvent représentée avec un voile. Il laisse cependant la tête nettement plus découverte et gracieuse que le foulard islamique ; celui-ci ne laisse pas dépasser le moindre cheveu, avec couverture obligatoire du cou et des oreilles.
Et j’ai aussi découvert de nombreuses représentations de la Vierge sans voile.

Écrit par : Mireille Vallette | 07/02/2018

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