24/04/2018

HYPOTHESES POUR UN DIALOGUE

Une trentaine d'imams vient de répondre dans les colonnes du journal Le Monde au manifeste « Contre le nouvel antisémitisme », lequel fait pas mal de bruit en ce moment. La réaction de ces imams est courageuse et mérite d'être saluée à sa juste valeur. Peut-être parviendra-t-on à se parler au-delà du fracas des polémiques, qui sait?

Sans doute objectera-t-on que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais je souhaite lancer quelques hypothèses pour nourrir le débat. Je le ferai cependant avec toute la considération requise pour la foi des autres.

Etant moi-même non musulman et enclin à le demeurer, mais ayant lu attentivement le Coran, je me suis aperçu qu’il y était souvent question de gens extérieurs tels que moi (rarement de façon chaleureuse je dois le dire), qui se situent en dehors du champ islamique et qui entendent persister dans cette différence. Nous sommes en présence d'un texte qui, à première lecture,  semble s'accommoder mal d'une forme d'altérité. 

Il est entendu que les textes sacrés nous ont été transmis en l'état et qu'il est hors de question de les caviarder. Expurger est absurde et ne résout rien. Ceci vaut pour le Coran comme pour la Bible ou les sermons du Bouddha. En revanche il n'est pas interdit de les réinterpréter en particulier pour trouver des solutions aux problèmes que le cas échéant ils nous posent selon l'époque dans laquelle nous vivons.

Mes hypothèses, relatives à l’Islam d’Occident, seraient les suivantes.

Serait-il possible d'imaginer :

a) Une invocation spéciale dans la  liturgie ordinaire  pour demander à Allah de suspendre ses malédictions contre les juifs, les chrétiens et autres mécréants ? Après tout si j’ai bien compris ces malédictions sont de façon étroite liées aux conditions historiques d'émergence de la foi islamique. Elles n'ont de ce fait plus aucune pertinence pour aujourd'hui. Quel profit y a-t-il à endosser les querelles des très lointains prédecesseurs ? Aucun assurément. Ces malédictions n'ont qu’un intérêt documentaire.

b) Etant donné que le mot djihad revêt un double sens, temporel et spirituel, serait-il concevable de décréter la cessation définitive du djihad armé au profit du seul djihad spirituel, au motif que le djihad armé a désormais accompli sa mission historique d'accompagner la conquête islamique et que son maintien dans un monde globalisé et pluriel revêt plus d'inconvénients que d'avantages ?


c) Enfin il n'échappe pas au lecteur objectif que contrairement à une idée répandue, le Coran lui-même s'occupe assez peu de politique. Les considérations politiques ont grandi tardivement jusqu'à devenir exponentielles. Ne serait-il pas temps de réévaluer à la baisse ces excroissances politiques plus ou moins illégitimes pour revenir à des considérations plus spirituelles ?

Je jette ces hypothèses comme une minuscule bouteille la mer...

14:26 | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

Commentaires

Ben puisque vous avez choisi de rouvrir les commentaires sans pour autant publier le mien sur votre précédent billet, je me permet de vous faire part de mon impression.
Beaucoup de précautions et de circonvolutions pour ne pas dire grand chose puisque vous savez pertinemment que les musulmans ne supportent pas l'idée d'interprétation, et donc d'évolution du sens de leurs saintes écritures.
Il semble même que ce dogme est à la base des ferments auto-destructeurs de l'islam avec ses deux composantes chiite et sunnite.
Le débat est lancé.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/04/2018

Un médecin s'étant identifié au Christ... marchant en ce qu'il pensait avoir été ses pas... soignait incognito ses patients psychologiquement parlant ce qui ne correspondait pas à ses titres soit à l'attente de ses patients.

Il favorisait ce que les psys appellent le transfert.

Les patients ne se doutant de rien selon lesquels... à l'aube d'une telle amitié... voire d'un grand amour... "ressuscitaient" jusqu'au moment où ce psy anonyme non annoncé jugeant son patient "converti", au sens évangélique, s'éloignait de lui au point de ne plus même vouloir le rencontrer.
Sans explication.
Vivant un deuil, une culpabilité, également, qui éloignaient de lui ses amis le patient pouvait passer de longues années pratiquement désertiques jusqu'au moment où l'enseignement évangélique finissant par l'éclairer: le jugeant malade, enfoncé dans l'erreur, le "péché"... ce médecin pensant marcher dans les pas du Christ s'était approché du patient puis le jugeant guéri, soit "converti"! s'était éloigné.

Mais le temps de ce soin particulier avait extraordinairement enrichi le patient tant dans ses pensées, ses paroles que dans ses actions, ses intentions devenues plus délicates, affinées, améliorées.

Freud précisait qu'il n'était pas croyant et qu'il n'avait pas été élevé religieusement, soit, mais son ouvrage, l'un de ses ouvrages "Moïse et le monothéisme" pose la question d'un patrimoine héréditaire.

On ne voit pas comment le Coran agirait ainsi pour le bien d'autrui.

Une approche attentive, des soins, de l'"amour en provenance du fond du coeur" ne conduiront jamais à cette soumission "clé" de l'islam.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 25/04/2018

@Vincent Schmid
Votre blog étant renouveau accessible, je m'empresse d'y faire figurer tel quel le texte que je me suis permis de publier sur le blog de Mireille Vallette lorsque le vôtre se terminait par la phrase "Les commentaires sont fermés". Le début de mon commentaire devient dès lors caduque, l'irritation et le soupçon qu'il reflètent étant dus à cette mention (une erreur de manipulation m'assure Madame Vallette) qui trahit à mon avis un manque de considération pour le lecteur, ce dont vous n'êtes manifestement pas "coupable":
"Hors sujet, avec mes excuses:
Vincent Schmid publie aujourd'hui un texte intéressant intitulé "Hypothèses pour un dialogue". Je ne peux m'empêcher de remarquer que, selon un usage de plus en plus fréquent, il a pris deux précautions destinées à protéger la sensibilité des lecteurs musulmans (selon un vieille formule héritée de l'époque Ramadan): la première est de fermer les commentaires, ce qui devrait éviter toute contradiction dangereuse, la deuxième est d'atténuer la violence présente dans le Coran en mentionnant celles de la Bible (l'Ancien Testament avant tout), ce qui relève de la simple honnêteté, mais n'a rien de nouveau puisque le Pape même s'est déjà exprimé sur elle.
Pour faire mieux encore, il cite aussi les "Sermons du Bouddha". A part le fait que Bouddha n'est pas un dieu et qu'il n'est donc à l'origine d'aucun texte révélé et donc intouchable, il vaut la peine de rappeler quelques vérités historiques qui montre que cette mise en parallèle n'a aucune sens, sinon, éventuellement, celui que j'ai indiqué au début de mon texte.
Aucun des sermons du Bouddha n'a été transcrit directement et, d'après ses disciples les plus proches, il a insisté lui-même sur le fait que son enseignement devait faire l'objet d'une transmission orale directe entre le maître et l'élève, qui devait en évaluer lui-même la pertinence.
Par conséquent je doute fort que quiconque puisse trouver un "Sermon du Bouddha" qui appellerait à la violence comme le font certains passages de la Bible et du Coran. Ce qui n'a pas empêché certains moines bouddhistes d'user de violence, comme il en est de tous ceux qui exercent la violence en se disant respecter les principes de leur propre religion. Car, comme nous le savons tous, toutes les religions sont des "religions de paix et d'amour"".

Écrit par : Mère-Grand | 25/04/2018

D'abord je suis étonné de votre susceptibilité exacerbée! J'ai commis une erreur de manipulation, il n'y aucune raison de faire tant d'élucubrations alambiquées.
Ensuite vous n'avez pas bien compris ce que j'ai écrit. J'ai écrit qu'il est par définition absurde de vouloir expurger des textes religieux qui sont tels que les traditions nous les ont transmis. J'ai pris au hasard les exemples de la Bible ou des sermons du Bouddha comme j'aurais pu prendre ceux de Homère, de Platon ou de la Bhagavad Gîta. Ce choix n'avait strictement AUCUN RAPPORT avec la question de la violence que vous suggérez, même si en soi c'est un vrai sujet.
Par ailleurs j'ai toujours considéré que lorsqu'on aborde des questions aussi sensibles que celle de la foi, et surtout d'une foi qui n'est pas la nôtre, il faut toujours respecter le for intérieur des gens et séparer soigneusement les personnes des textes ou des dogmes. Un minimum de tact s'impose si l'on veut se donner la moindre chance d'être entendu. Cela n'a RIEN à voir avec Ramadan dont je me demande d'ailleurs ce qu'il vient faire là. C'est juste le respect élémentaire que l'on doit à l'intime de l'autre. Mais rassurez-vous, en dépit des apparences, je ne cède rien, jamais.

Écrit par : vincent schmid | 25/04/2018

Tout ce qui est reproché est écrit dans le coran depuis près de 1400 ans et tout le monde semble le découvrir aujourd'hui comme c'est étrange!

Écrit par : Dominique Degoumois | 25/04/2018

Pour faire suite à tout ça et en marge des manifestations et occupations dans les universités françaises par toute la gauche, je vois qu'il y a beaucoup de réunions qui sont interdites aux blancs et interdites aux hommes!

Écrit par : Dominique Degoumois | 25/04/2018

Officiellement le coran est tombé du ciel et n'a jamais été écrit! Qui peut aujourd'hui raisonnablement croire une chose pareil! L'origine de ces textes, que ne sont pas de toute éternité, (1400 ans au maximum) certains proviennent de la bible d'autres du talmud, pour ma part je n'y vois aucun caractère sacré!

Écrit par : Dominique Degoumois | 25/04/2018

a) Peut-être faudrait-il commencer par supprimer les malédictions actuelles de la liturgie musulmane, laquelle impose la récitation, au moins 17 fois par jour (et bien davantage encore pendant le mois de ramadan), de la première sourate du Coran, la Fatiha, dont le dernier verset évoque les non-musulmans comme encourant la colère de Dieu et/ou égarés? La simple pratique de base a ainsi pour corolaire de jeter le blâme sur tous les non-musulmans ou, si l’on se réfère aux reprises de ces éléments (colère de dieu, égarement) dans le reste du Coran, à plusieurs hadiths citant Mahomet et à la quasi-totalité des exégèses musulmanes, de toutes les écoles, du VIIIe siècle à nos jours, sur les juifs et aux chrétiens, respectivement. Et que faire en attendant?

b) Le jihad spirituel est hélas impossible à fonder sur les textes qui font autorité dans l’islam. Le seul hadith, très maigre de surcroît, qui en parle ne remet pas en question le jihad militaire, pas plus que les exégètes qui ont glosé sur cet aspect ésotérique. Une simple déclaration moderne dans ce sens n’a guère de chances de surmonter l’univocité du couple Coran + contexte, où seule la guerre apparaît, dans un cadre social où l’islam est considéré comme une bonne chose.

c) Le Coran traite peu de politique, certes, mais il en définit l’essentiel en martelant que la loi vient de Dieu et des messagers. Il contient des dizaines d’injonctions à «obéir au messager» et fournit également nombre de prescriptions normatives qu’il est donc impossible d’abroger au nom de l’islam.

Dans la réalité, sur le terrain, plus les gens tolèrent et pratiquent la religion musulmane, plus ils maudissent autrui, se préparent à faire la guerre et tentent de soumettre les gens aux volontés claires qui émanent des textes fondateurs de l’islam. La seule voie vraiment praticable hors de ce conundrum, à mon avis, consiste à limiter la pratique de la religion musulmane. Et la seule question vraiment pertinente est «comment y parvenir?»

Écrit par : Alain Jean-Mairet | 26/04/2018

Les commentaires sont fermés.