26/04/2018

Regard en arrière

La loi sur la laïcité à Genève doit être discutée ces jours. Pour nourrir le débat, je republie sur ce  blog un éditorial que j'avais commis en 2004 dans le défunt journal Le Protestant au moment du vote sur le voile en France. Je trouve qu'il n'a pas vieilli...


 

Ainsi donc il y aura en France une loi visant à préserver le caractère laïque de certains secteurs de la société civile, à commencer par les établissements d’enseignement public. Sera désormais explicitement proscrit le port de signes religieux ostensibles à l’école. Autant le reconnaître d’emblée, c’était la moins mauvaise décision à prendre dans le contexte tendu qui prévaut actuellement. Elle n’aura pas été prise à la légère. Nos voisins se sont donné le temps et les moyens d’un vaste débat qui, pour être passionné, n’en a pas moins été de qualité. La commission Stasi a accompli un travail remarquable, d’ou il ressort que si la liberté de conscience ne souffre aucune restriction, la liberté religieuse s’arrête aux portes de l’espace public, ou doit régner sans exception une neutralité garantie par l’Etat. La jeunesse a le droit d’être éduquée à l’abri des pressions religieuses ou idéologiques. Elle a droit à un savoir non clivé par les croyances des uns et des autres. Telle est du moins la conception française de la laïcité. Les protestants de ce pays savent qu’ils lui doivent historiquement une part de leur existence. Ils en ont d’ailleurs été des artisans parmi d’autres puisque dans le sillage de Jules Ferry, au moment de la mise en place de l’école de la République, on trouve de grands protestants comme Ferdinand Buisson. On regrettera d’autant plus le silence sur ce point de la Fédération Protestante de France, qui a préféré faire bloc avec les évêques catholiques en se prononçant contre le principe d’une loi devant la commission Stasi. C’était pourtant l’occasion unique pour une confession particulière de témoigner de la viabilité du modèle laïque dont elle a bénéficié. Ce dont l’Islam – puisque c’est de lui qu’il s’agit – a justement besoin aujourd’hui, c’est de témoignages concrets d’intégration à la société française. Certes une loi ne résoudra pas tout. Un immense effort reste à accomplir en amont, afin de résorber la misère sociale sur laquelle prospèrent les intégrismes. Mais au moins un cadre clair aura été posé, qui permettra de mieux négocier le choc culturel en cours.

On objectera qu’il est d’autres manières de comprendre la laïcité, en Suisse notamment, ou la question emblématique du voile semble pour le moment se résoudre de façon pragmatique. Mais n’oublions pas que la Suisse est une confédération avec un passé différent, dépourvue de contentieux historique lourd avec le monde arabe, et une présence de l’islam sur son sol moins massive. De plus, sa vieille expérience du pluralisme religieux et culturel rend la question moins aigue.

Encore convient-il de ne sa faire d’illusions excessives : les réactions épidermiques suscitées il y peu en Valais par l’introduction à l’école d’un nouveau manuel des religions comparées montrent que les tensions ne demandent qu’à s’exacerber...
Ne serait-il pas opportun pour la Suisse de réactualiser le projet d’article constitutionnel sur les relations entre la Confédération et les diverses communautés religieuses, que beaucoup avaient souhaité au moment du vote pour la suppression de « l’article sur les évêchés » ?

Ce pourrait être, dans un contexte différent de celui de la France, sa propre définition de la laïcité.

Le Protestant janvier 2004

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