07/06/2018

Radicalisation

J’écoute en ce moment une passionnante série documentaire diffusée par France Culture, intitulée « Ma fille sous influence » et basée sur une longue enquête auprès d’une famille française vivant à Trappes. En parallèle je lis le non moins remarquable ouvrage de Daniel Sibony « Un amour radical, croyance et identité » (Odile Jacob 2018).

Il en ressort un éclairage précis à propos de ce qu’on appelle la radicalisation islamiste.

Tout d’abord la radicalisation ressemble à un processus d’emprise sectaire tel qu’on a pu le voir à l’œuvre à de nombreuses reprises dans les sectes dites tueuses, à savoir celles de Jim Jones, de David Koresh, du gourou nippon Aum ou du Temple Solaire. Le recrutement, l’embrigadement, la manipulation mentale fonctionnent de façon similaire. Les parents de la jeune Emma décrivent cette emprise sectaire par une image frappante: «Notre fille était prise dans une véritable toile d’araignée». Autre point commun avec les sectes,  le climat intensément religieux de ce processus. Les adeptes se sentent absorbés par un Tout qui les «guérit » de leurs manques et de leur mal de vivre.

Ensuite le radicalisé est par définition celui qui se tient près des racines qui s’expriment dans le texte sacré (le Coran). Alors que les autres les contournent, les négligent ou les taisent parce que certaines de ces racines sont agressives et contraires à une vie normale dans une société ouverte, le radicalisé veut les faire revivre par fidélité à une instance transcendante. Les "autres" sont à ses yeux des tièdes voire des traîtres. Faire revivre les racines, cela signifie pour lui les prendre au pied de la lettre et les mettre en application telles quelles.

Si la déradicalisation ne marche pas, note Sibony, c’est parce que ceux qui la promeuvent  sont eux-mêmes dans un déni par rapport à ces racines agressives, du genre  «ce n’est pas ça l’islam». Tariq Ramadan lui-même a reconnu dans une interview déjà ancienne qu’on ne peut pas se contenter de répéter que les djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam alors que manifestement, il existe un rapport...

Il ne faut pas oublier non plus que  traversons une époque qui fait suite à la disparition des idéologies porteuses d’utopies révolutionnaires auxquelles les jeunes générations sont particulièrement sensibles. L’islam extrémiste s’est engouffré dans ce vide où il ne rencontre aucune concurrence dissuasive.  Tant et si bien qu’il ressuscite le rêve épuisé d’une révolution mondiale d’autant plus fortement qu’il  prétend s'inspirer directement du divin.

Raison pour laquelle les radicalisés ne sont pas des nihilistes. Au contraire, ils ont de croyances chevillées au corps et sont prêts à mourir pour elles. Une phrase de Sartre, à propos des révolutionnaires, dit que nul n’est un homme au sens plein tant qu’il n’a pas découvert une cause pour laquelle il est prêt à donner sa vie. Le djihadiste sacrifie la vie des autres et la sienne pour que vive une Cause nécessairement plus grande que lui.

Le plus problématique au final est que nous n’avons pas encore trouvé le moyen de contrer efficacement un dispositif idéologique aussi viral…

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Commentaires

"Une phrase de Sartre, à propos des révolutionnaires, dit que nul n’est un homme au sens plein tant qu’il n’a pas découvert une cause pour laquelle il est prêt à donner sa vie."
Misère!
Donc Hitler était un homme au sens plein et un révolutionnaire.
Je ne savais pas que Sartre était capable de proférer une telle stupidité.
Ou alors...
Quelle est la référence de votre "citation"?

Écrit par : Daniel | 07/06/2018

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Vous écrivez très justement : "L’islam extrémiste s’est engouffré dans ce vide où il ne rencontre aucune concurrence dissuasive" et, plus loin, "nous n’avons pas encore trouvé le moyen de contrer efficacement un dispositif idéologique aussi viral..."
Tant que nous n'allons pas à la rencontre de notre vide intérieur, nous n'avons pas le moyen de nous dresser avec puissance face à leur dispositif idéologique, soit leur "plein intérieur". Le contrer ne le désamorce pas, nous ne faisons que parer les coups mais leur conviction n'est pas atteinte ou, au pire, stimulée davantage encore.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07/06/2018

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Ma citation de Sartre a été faite de mémoire. Voici l'exacte tirée de L'Age de Raison : “On n’est pas un homme tant qu’on n’a pas trouvé quelque chose pour quoi on accepterait de mourir.”

Écrit par : vincent schmid | 07/06/2018

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Accepter de mourir... Mort de rire !

Écrit par : Pierre Jenni | 07/06/2018

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"Raison pour laquelle les radicalisés ne sont pas des nihilistes." ne colle pas avec "disparition des idéologies porteuses d’utopies révolutionnaires".
Les utopies révolutionnaires sont nihilistes. Aucun de leurs zélotes ne croit vraiment au contenu de ces utopies. Ce qui les intéresse, ce n'est pas le but, c'est le voyage. (=la lutte)
Témoignage d'un ancien mao (il y a longtemps...)
L'hurluberlu qui est allé tirer au bazooka sur Creys-Malville, il croyait au sens de son action ou il a simplement pris son pied à faire un coup ? Si ce n'est pas un exemple de nihilisme, faudra m'expliquer. Et c'est ce qu'il y a de tragique. Beaucoup de gens se sont fait couper la tête par ces tarés, juste pour qu'ils puissent montrer qu'ils étaient des hommes, des vrais.

Écrit par : Géo | 07/06/2018

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Sans doute, dans l'espèce humaine, comme chez les fourmis, il existe des hiérarchies occultes.
Certains individus sont incapables d'être indépendants et autonomes. Il leur faut un leader.
Si vous leur trouvez un leader, quel que soit le projet, ils feront le job.

Au delà des "radicalisés" ( = pas bien ), je vous laisse chercher d'autres exemples.

Écrit par : graudublai | 07/06/2018

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Il existe des milliards de galaxies, chacune composée de milliards d'étoiles. Les étoiles naissent et meurent et la majorité des êtres humains refusent d'accepter que leur destin est le même.
L'angoisse et la peur devant ce destin ne devrait pas encourager le recours aux illusions de survie (sous quelque forme qu'elles se prêtent, enfers ou paradis y compris), mais pousser les uns et les autres à se soutenir pour rendre meilleur ou aussi supportable que possible notre bref passage dans l'Univers.

Écrit par : Mère-Grand | 07/06/2018

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"...une époque qui fait suite à la disparition des idéologies porteuses d’utopies révolutionnaires auxquelles les jeunes générations sont particulièrement sensibles. L’islam extrémiste s’est engouffré dans ce vide où il ne rencontre aucune concurrence dissuasive. Tant et si bien qu’il ressuscite le rêve épuisé d’une révolution mondiale d’autant plus fortement qu’il prétend s'inspirer directement du divin."

Je remarque que ce sont exclusivement des musulmans,convertis ou non,qui choisissent l'islam extrémiste.

Ces adeptes de l'islam se radicalisent MALGRE la profusion de repères que leur offre cette religion. L'explication du grand vide à combler me parait discutable.

D'autant que les jeunes Occidentaux, non-musulmans, ne produisent ni sauvages criminels, ni kamikazes, ni épurateurs religieux face au grand vide.

Que conclure?

Écrit par : Mireille Vallette | 08/06/2018

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Bonjour Mireille,
Il y a un petit malentendu. Ce n'est pas MALGRE la profusion de repères que des convertis (ou non) se radicalisent, mais A CAUSE d'eux. Ou plus exactement à cause de certains d'entre eux, ces fameuses racines agressives qui font l'objet du déni général. En activant ces racines-là, le radicalisé a l'impression d'être dans la ligne pure et dur de l'islam, négligé ou trahi par les tièdes.
Outreplus, ces mêmes racines agressives dessinent un projet, le projet djihadiste, qui peut sans problème tenir lieu de projet révolutionnaire (l'établissement messianique du califat) avec l'avantage de se revendiquer de la parole de Allah lui-même.
D'une manière générale, je trouve que la plupart des commentateurs et analyste de ce phénomènes, même les meilleurs, ne tiennent pas assez compte du climat intensément religieux qui imprègne tout ça. Question de déformation professionnelle peut-être...

Écrit par : vincent schmid | 08/06/2018

Je désire reprendre les propos très judicieux de Géo qui méritent d'être approfondis :
" il croyait au sens de son action ou il a simplement pris son pied à faire un coup ? ". Cette notion de vivre une jouissance intense au moment de cet acte où il se sent tout puissant peut être une compensation de tout ce qu'il a contenu en lui ou dont il fut "castré" par le milieu ambiant. Suite à un tel événement, les médias ont parlé abondamment du port d'armes, de la détresse des survivants, de portillon de sécurité etc mais non du psychisme du jeune tueur. Un auteur (je ne me souviens plus dans quel journal) a justement souligné les conditions de vie de ces écoles visées : entre autoroute et voies de chemin de fer, dans un quartier fortement industriel, donc loin de tout contexte qui puisse "nourrir" les jeunes de façon épanouissante.
Il est naturel d'observer qu'une situation poussée à son maximum entraîne des réactions extrêmes.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 08/06/2018

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"D'autant que les jeunes Occidentaux, non-musulmans, ne produisent ni sauvages criminels, ni kamikazes, ni épurateurs religieux face au grand vide."
Mireille Valette ! Et les black blocks ???

Écrit par : Géo | 08/06/2018

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Un aspect de la question serait de se demander si les black blocks seraient recyclables dans le djihadisme....

Écrit par : vincent schmid | 10/06/2018

Géo
Eclairez ma lanterne, SVP. Je ne me rappelle plus le dernier attentat commis par les black blocks et le nombre de morts occasionné.
(Je précise que je n'aime pas, mais alors pas du tout, les black blocks mais il faut arrêter de vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes).

Écrit par : Plume | 08/06/2018

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Plume@ Je ne suis pas archiviste, mais récemment en France, dans les manifs contre la réforme de la SNCF. Pas de morts, mais ça, c'est uniquement par chance. Beaucoup de flics en France sont passés très près d'être brûlés vifs dans leur voiture ou dans la rue par cocktail molotov. Votre question est assez curieuse, à vrai dire. Dans quelle planète vivez-vous ?

Écrit par : Géo | 08/06/2018

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Géo, donc vous confirmez ce que j'écris. A ce jour, zéro mort pour les attentats des blacks blocs. Zéro flics non plus, soit un résultat nul alors que d'autres terroristes (suivez mon regard...) ont déjà tué un certain nombre de policiers (et je suis pour une très grande sévérité contre ceux qui mettent en danger la vie des policiers, blacks blocs ou pas).
Je me permets donc de vous retourner la politesse: sur quelle planète croyez-vous vivre ?

Écrit par : Plume | 08/06/2018

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Plume@ Je vous rappelle que la phrase que je commentais était celle-ci : "D'autant que les jeunes Occidentaux, non-musulmans, ne produisent ni sauvages criminels, ni kamikazes, ni épurateurs religieux face au grand vide."
Sauvages criminels, moi cela me fait penser tout de suite aux black blocks. Vous pas. Restons-en là...

Écrit par : Géo | 09/06/2018

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Hormis le point de la drogue, Amfétamine type Captagon drogue du djihadiste, fournie aux djihadistes, il ne faut pas oublier qu au moyen orient, d autres drogues étatiques leur ont été fournies! La Turquie d Erdogan en est la 1 ère. Netanyahu est le 2 ème qui les a soignés et bichonnés et renvoyer en Syrie afin de continuer à couper des têtes. La Saoudie Salafiste des coupeurs de tête et de main en est certes la 1ère et la 3ème et le summum qu elle est devenue ces temps-ci l alliée chérie des USA et d Israel. N oublions pas la France non plus vis à vis d Al Qayda de Ben Laden avec sa branche principale en Irak et en Syrie qui est Al Nosra qui "fait du bon boulot en Syrie", sic ... selon la déclaration urbi et orbi de l Escroc Fabius à Marakech en septembre 2012 et au fait il n a fait que témoigner ce qu est la politique de la France et de Hollande là bas donc tout inclus du pro-terrorisme.

Écrit par : Charles 05 | 10/06/2018

Je relève tout simplement que les radicalisés de djihadistes, la main d oeuvre dite l idiote utile est souvent sous l effet des drogues particulièrement les Amphetamines type Captagon dit le drogue du Djihadiste. Avec de telle substance, il se sent le Roi du Monde. Bien entendu ceci ne le déculpabilise nullement bien au contraire...

Écrit par : Charles 05 | 10/06/2018

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"Un aspect de la question serait de se demander si les black blocks seraient recyclables dans le djihadisme...." Peut-être pas, mais le milieu source est le même. Un refus total du monde dans lequel ils vivent. Parole d'ancien mao...qui ne serait jamais devenu djihadiste mais qui a vu des Mercedes à plaques allemandes de très près dans la région lausannoise ou des camarades de Potere Operaio dans les congrès organisés par les Lausannois. Potere Operaio, c'était la base de recrutement des Brigate Rosse.

Écrit par : Géo | 10/06/2018

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