08/06/2018

La visite du Pape à Genève


 

 

En ma qualité de réformé ostensible, mon avis a été requis par quelques curieux à propos de la prochaine visite du Pape à Genève, invité par les dirigeants du Conseil Œcuménique des Eglises. Dans le principe, il est clair que le plus haut représentant de l’Eglise catholique a bien le droit d’aller ou bon lui semble et de répondre aux sollicitations qui lui semblent opportunes. Même si à mes yeux de lointain descendant de Calvin, le Pape n’est pas le chef de l’Eglise universelle (seul Jésus Christ l’est), il n’en est pas moins l’évêque de Rome à la tête d’une institution majeure aussi vénérable que respectable. L’heure n’est plus aux anathèmes d’un autre âge. Donc bienvenue à lui dans cette Genève du bout du lac qui a par le passé joué un rôle déterminant dans le devenir historique de la chrétienté occidentale. Et j’adresse au passage un fraternel salut aux catholiques de notre canton qui, dans la ferveur et la fébrilité, préparent cette venue.

Il me reste une infime interrogation. C’est le Conseil Œcuménique des Eglises qui a lancé l’invitation, soit l’organisation qui regroupe actuellement un grand nombre d’Eglises non catholiques à travers le monde. Du coup, la presse annonce une « rencontre œcuménique de grande importance ».

Mais de quelle importance parle-t-on? D’une évolution doctrinale, même minime, du Pape en direction de la chrétienté non catholique ? Cela paraît douteux. François est bien plus classique qu’on ne le répute et l’heure n’est plus à l’enthousiasme œcuménique. Il semble plutôt que les positions dogmatiques des uns et des autres sont stabilisées pour longtemps. Sur l’essentiel et pour ce qui concerne les réformés, elles le sont déjà depuis cinq siècles sans avoir changé de façon notable. Les différentes traditions en présence offrent des versions non pas complémentaires du christianisme mais alternatives l’une de l’autre et le Pape le sait mieux que quiconque. Il ne pourrait faire bouger les choses en ce domaine qu’en faisant des sauts en dehors de ce qu’il est, alors que notre âge identitaire se prête moins que jamais à ce périlleux exercice.

Ce qui en revanche a considérablement et heureusement évolué, ce sont les relations que les Eglises entretiennent entre elles, empreintes de cordialité, d’entraide et de respect des différences. S’agira-t-il alors d’un aimable concert de chalumeau entre bergers de divers troupeaux, une sorte de rencontre au sommet pour se dire que l’on s’aime bien et que l’on est content d’être ensemble  entre chrétiens ? Pourquoi pas mais ce serait assurément un peu court.

C’est à ce point que se place mon infime interrogation. Je me demande si ce n’est pas sur le plan idéologique (et non théologique) que va se faire la future rencontre. Entre un Pape passé maître dans l’art d’utiliser la caisse de résonnance médiatique pour les causes qui lui tiennent à cœur et un Conseil Œcuménique activiste et partisan jusqu’au bout des ongles pourrait se dérouler un festival de bienpensance .

Les sujets ne manquent pas : les populismes, les migrants, l’islam en Europe et le reste à l’avenant…

Il faut bien reconnaître que le seul discours sur lequel les principales Eglises s’accordent désormais est celui de la correction politique  quant aux principaux thèmes qui préoccupent nos contemporains. Et c’est très dommage car ce faisant, elles ne disent au fond rien d’original ou de significatif, elles emboîtent le pas à l’air du temps. Si elles n’ont rien d’autre à ajouter à ce que répand à profusion la doxa médiatique, à quoi servent-elles ? Ne seraient-elles devenues que des organisations caritatives au même titre que n’importe quelle ONG ? Pas étonnant dans ces conditions que le christianisme s’éteigne doucement dans l’indifférence générale...

Maintenant cher lecteur de ce blog, comprenez-moi bien : j’exprime ma crainte, qui n’est pas sans fondement mais qui n’englobe pas tout. Je ne demande qu’à être détrompé.

Qui sait ? Une surprise est toujours possible…

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Commentaires

"Ne seraient-elles devenues que des organisations caritatives au même titre que n’importe quelle ONG ? Pas étonnant dans ces conditions que le christianisme s’éteigne doucement dans l’indifférence générale..."

Pour le peu que j'en comprends, les fondements du christianisme sont justement ces notions de charité, d'amour de l'autre. C'est le message essentiel que je retiens et je le considère comme majeur. Je déplore donc le choix de vos mots qui suggèrent que ce ne serait "que" ça.

Car pour le reste, Dieu et son cortège de croyances de plus en plus malmenées par l'évolution exponentielle de la science et la compréhension du caractère obsolète des écritures, ne font plus recette.

Alors oui, les c(h)réti(e)ns et tous les autres sont bien évidemment condamnés à envisager la fin de leur idéologie et tant mieux si elle se fait "dans l'indifférence générale plutôt que dans la brutalité des guerres de religion qui sont pour ainsi dire à la base de tous les conflits depuis la nuit des temps.

Écrit par : Pierre Jenni | 08/06/2018

"une institution majeure aussi vénérable que respectable. L’heure n’est plus aux anathèmes d’un autre âge" n'est pas vraiment complétement compatible avec "l’heure n’est plus à l’enthousiasme œcuménique. Il semble plutôt que les positions dogmatiques des uns et des autres sont stabilisées pour longtemps."
Le catholicisme est la religion des féodaux, de l'Ancien Régime, pour laquelle il est interdit de faire de l'argent avec l'argent. D'où ce léger problème avec les Juifs dans l'Europe dont vous avez certainement entendu parler. Le protestantisme est la religion des bourgeois heureux en affaires et fiers de l'être. Les Français ont fait la Révolution bourgeoise mais gardé la religion du Passé, et chassé les protestants. On voit le résultat...

Écrit par : Géo | 08/06/2018

J'apprécie votre grande sincérité à exprimer ce que vous percevez.
Ce qui est intéressant aussi de signaler, c'est qu'il s'agit d'une rencontre oecuménique alors que l'Eglise catholique elle-même se divise de plus en plus en son sein.

Effectivement, ce que nous présente le Pape dans les médias relève davantage d'une dimension politique que du développement spirituel. Quid de la relation de chaque être humain avec la Trinité?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 08/06/2018

"Quid de la relation de chaque être humain avec la Trinité?"

Selon vous, Mme de Meuron, chaque être humain aurait une relation avec la Trinité?
Vous vous posez sérieusement la question de la relation de chaque juif avec la Trinité? de la relation de chaque musulman avec la Trinité? de la relation de chaque athée avec la Trinité?

Dans ce cas vous pourriez aussi vous poser la question de la relation de chaque chrétien avec la Trimourti, la Trinité de l'hindouisme, qui incarne le cycle de manifestation, conservation et dissolution de l'univers dont Brahma est le créateur, Vishnou le protecteur et Shiva le destructeur...

Écrit par : Mario Jelmini | 09/06/2018

Matthieu 25:4O

Et le roi leur répondre: je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'aurez fait.

Difficile de lire ces lignes sans penser à la pédophilie.

Tel serait une question regardant le pape en son âme et conscience...!

Mariage des prêtres mesure pour neutraliser cette "solitude porte ouverte" aux pires excès tellement dommageables concernant certains d'entre eux jeunes victimes y compris.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 08/06/2018

"C’est à ce point que se place mon infime interrogation. Je me demande si ce n’est pas sur le plan idéologique (et non théologique) que va se faire la future rencontre. Entre un Pape passé maître dans l’art d’utiliser la caisse de résonnance médiatique pour les causes qui lui tiennent à cœur et un Conseil Œcuménique activiste et partisan jusqu’au bout des ongles pourrait se dérouler un festival de bienpensance ."

Plus trivialement je parlerai de marché de dupes. Il ne m'en faudrait pas ça de plus pour que cette perspective infernale ne m'invite à commettre un emprunt à Chateaubriand.

Écrit par : Giona | 08/06/2018

Beaucoup de bruit pour peu.

Écrit par : Mère-Grand | 08/06/2018

A force d'insister et d'écrire des wagons de lettres à Karol Wojtyla après l'avoir interpellé en cours de visite en Suisse et lettres de féministes, également... on a obtenu de ce pontife qu'il assouplisse le quotidien des prêtres en leur accordant non un droit au mariage plus que légitime mais au moins le droit d'avoir une "amitié amoureuse sans aller jusqu'à l'acte" ce qui, à n'en pas douter, fit sourire dans les chaumières...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 08/06/2018

Des pieds à laver........

Écrit par : Patoucha | 08/06/2018

Pour Patoucha, c est ta tête qu il faudrait bien laver TDC...

Écrit par : Charles | 08/06/2018

Vous paraissez etre bien négatif pour un homme de Dieu. Les ennemis du Christ adorent ce genre de négativisme.

Écrit par : Jean Jarogh | 08/06/2018

Jean Jarogh


MIRACLE A ROME!


On souhaiterait que la rencontre de Genève compte M. Macron au nombre des invités officiels.
Le pape, toujours boitant, serait accompagné par une personne inconnue.

M. Macron tendant la main à cette personne qui ne lui tendrait pas la sienne s'entendrait par elle lui dire à haute et intelligente voix:
- Tu n'aimes pas les pauvres, et moi, je n'aime pas les mauvais riches.

Au pape semblant sur le point de s'effondrer la personne, un soupçon pince sans rire, sans doute, dirait: Allons, debout: "En marche!" et, soudain, le pape se tordant de rire ne..."boiterait" plus.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/06/2018

Pardon, miracle à Genève... parce qu'en écrivant le message je pensais au film Miracle à Milan

Voyez: Rome, Genève, Milan... on voyage tôt matin... bon dimanche

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/06/2018

Pendant qu'il fait des miracles dans des cités comme la Genève calviniste, il refuse de virer les 34 évêques chiliens et se résout d'en crucifier que 3 !

Les 34 évêques chiliens sont tous impliqués dans les scandales pédophiles, c'est à dire qu'aucun d'eux n'échappe au couperet de la justice de ce pays et ils s'étaient tous proposés à démissionner, que nenni adjudiqua la nonciature de la primatie du saint père !

Pas question, virer 34 évêques sur les 34 évêques de la primatie chilienne, quel péché mignon, éradiqué la juridiction ecclésiastique d'une nation aussi emblématiques que le Chili, l'un des derniers bastions si chèrement maintenu comme vitrine de la fois catholique, non, jamais, vous entendez, jamais !

Non, pourquoi plutôt, ne pas venir à Genève et remettre dans l'agenda une visite supplémentaire à Lampedusa afin de contre-carrer une autre nation, tout aussi maltraitée par le revers de la même médaille, cette Italie qui, à sa manière, refuse désormais cette forme de domination révolue !

Écrit par : Corto | 12/06/2018

Le problème réel est signalé par Vincent Schmid: l'extinction du christianisme la pédophilie n'étant pas le propre des prêtres ou des pasteurs chrétiens.

Foi Espérance Charité

Non, par l'islam: soumission

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/06/2018

Si ce qu'avance Myriam est exacte, alors comment expliquer le fait que sur 34 évêques impliqués dans des scandales pédophiles au Chili le pape n'en excommunie aucun et n'en démissionne que 3 ?

Par contre si la moindre relation est établie entre un homme de l'église et une femme, c'est l'excommunication avec effet immédiat !

C'est comme si ils avaient trompés le Christ avec une femelle alors que si ils violent des petits garçons, l'église est presque toujours aussi réticente que par le passé, passé où les violeurs pédophiles étaient systématiquement sanctifiés !

Il faut savoir que malgré les scandales récents, 99% des membres de l'église catholique impliqués dans des affaires pédophiles n'ont jamais été inquiétés judiciairement !!

Il serait temps que les institutions démocratiques deviennent démocratiques envers ce fléau !

Écrit par : Corto | 12/06/2018

Il faut savoir que plus l'église et ses bedeaux continuent de vouloir occulter ces horreurs et mal-fonctionnements, plus cette église va sombrer définitivement !

Écrit par : Corto | 12/06/2018

Dans les statistiques en Europe, la foi chrétienne est en hausse, ce qui ne traduit pas forcément dans une augmentation dans les églises.
Je ne m'en fais pas pour le christianisme. Le message de paix de Jésus passera les millénaires.
Quant aux églises chrétiennes, forcément elles changeront. Elles passeront probablement de l'état de ceux qui savent tout et qui dicte, à des transmetteurs du messages de Jésus.

Le principale n'est pas la religion, mais le message de Jésus. Ce message n'a pas besoin de religion.

Écrit par : motus | 12/06/2018

motus, c'est pourtant bizarre, ce sont justement au 18ème siècle, les chrétiens qui ont bidouillés ce terme "religion", afin de cesser d'être traité d'idolâtre par les musulmans !

Concernant votre optimisme sur le "message", je dirai que le christianisme n'a connu d'essors que par le biais de contraintes et de massacres, donc votre message exalté ne me convainc guère !

Un retour au christianisme, quel qu'il soit ne ramènerait-il pas l'islam à un niveau de pacifisme comparatif ?

Écrit par : Corto | 13/06/2018

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