16/08/2018

Frontières


La problématique migratoire s’est imposée, et pour longtemps, comme un défi majeur pour  l’Europe. In fine se trouve ouverte la question des  frontières. Un pays c’est un hôtel nous dit Jacques Attali, champion du sans-frontiérisme, et chacun devrait pouvoir changer de pays comme d’hôtel.  A la fois de partout et nulle part, l’homme postmoderne serait un migrant perpétuel que ne retient nulle attache liée à un territoire précis avec son histoire. Pour Attali, la racine du mal politique se niche dans le nationalisme dont les excès ont plusieurs fois dévasté l’Europe.

Il faudrait pourtant se demander si cet universalisme sans frontière ne constitue pas un excès inverse. Dire qui je suis et d'ou je suis, c’est dans le même mouvement qui je ne suis pas et d'ou je ne suis pas. On ne peut pas tout être. Dire à quoi j’adhère, c’est forcément me distancer de ce à quoi je n’adhère pas. On ne peut pas adhérer à tout.

Dés lors nous sommes amenés à comprendre que la frontière est un symbole ambivalent.

Bien sûr nous condamnons les frontières infranchissables, les rideaux de fer qui oppriment  et qui enferment. Et pas seulement les frontières  géographiques mais aussi les frontières d’un autre ordre, celles de l’égoïsme, de l’argent ou de la bêtise… Si nous portons sérieusement le souci d’autrui, si nous avons compris que l’enracinement n’est pas incompatible avec l’ouverture, nous ne pouvons faire autrement.

Aux premières pages de la Bible, nous lisons qu’au commencement  était l’indifférencié, la terre était informe et vide. Le mot hébreu pour désigner cet état originel est tohu-bohu. Il désigne la confusion absolue. Or Dieu est représenté comme Celui qui crée par séparations successives: la lumière des ténèbres, le ciel de la terre, le mouillé du sec, les plantes des animaux et l’homme des animaux. Puis, avec l’épisode de la sortie de l’Eden, l’humanité est séparée de Dieu. Puis après la sortie d'Egypte un peuple est mis à part des autres nations pour être le point fixe de la transcendance dans le monde. Et ainsi de suite. C’est donc grâce à des séparations successives que les choses se mettent en ordre. La séparation est un  principe ordonnateur. Justement comprise, la frontière n’est pas une coupure arbitraire mais un outil de distinction qui empêche le monde de retomber dans le chaos originel. Quand bien même elle n'a rien d'intangible et peut-être à tout moment redéfinie et rediscutée. 

Que chez moi ne soit pas chez toi, cela est normal. La séparation a quelque chose à voir avec la préservation de ce que je suis, avec mon être profond. Il y a certes  la réalité du malaise identitaire qui s’observe beaucoup ces temps-ci et qui doit être pris au sérieux. Par crainte de  cesser d’être moi-même, je me barricade dans mes murs. Cette attitude se répand comme un symptôme. 


Il me semble que la meilleure piste qui nous soit offerte pour échapper à ces différents écueils qui vont du sans-frontiérisme absolu au nationalisme exacerbé est celle de l’hospitalité. Elle est illustrée, dans la Bible toujours, par le patriarche Abraham dont il est dit que la tente était ouverte aux quatre points cardinaux de manière à pouvoir accueillir chaque visiteur d’ou qu’il vienne. Etant entendu que sa tente reste sa tente et ne devient pas celle des visiteurs éventuels.

Nous avons donc la possibilité de rendre nos  frontières franchissables. Nous avons la liberté d’inviter les autres. L’hospitalité est un moyen de s’allier aux autres tout en restant soi-même, de s’ouvrir aux autres sans se dissoudre. Etre chez soi et inviter les autres. Pour appendre à les connaître et pour nous faire connaître d'eux. 

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Commentaires

Le rejet n'est plus une affaire de nationalisme. On ne me fera pas croire que cette grande majorité qui rejette sont tous des nationalistes.
C'est d'ailleurs ce qui perturbe ceux qui souhaitent l'ouverture. Comme disait un sociologue, l'utopie d'une mondialisation heureuse s'est effondrée, et les adeptes n'ont toujours pas admis ce fait et ils sont déboussolés.

Le déclencheurs a été certainement une intégration difficile voir impossible.
L'Europe a accueilli des vietnamiens, srilankais, … Il n'a jamais eu de problèmes parce qu'on ne les retrouvaient pas dans les trafics de drogues, etc

Une immigration importante associée à l'image de personnes qui cherchent juste de profiter de la situation. Une délinquance importante et la rupture est consommée.
L'Allemagne qui a ouverte ses portes puis refermée est symbolique que la mondialisation heureuse n'existe pas.

L'intégration pour des personnes culturellement éloignées ne peut être réussis que si les pays d'accueils peuvent maitriser le suivi. L'erreur faîtes va probablement mettre fin à l'asile même, qui est devenu un gros machin qui a perdu son sens premier : réfugié économique, climatique, … Que ne va t'on pas inventer pour finalement détruire l'asile.

Vous avez raison sur le fait de rendre nos frontières franchissables, mais il est trop tard, l'Europe pour longtemps va fermer ces portes. Ces évènements ont configuré l'Histoire et donc l'avenir.

Écrit par : motus | 16/08/2018

La Suisse avec une population dont plus de trente pour cent est d'origine étrangère peut difficilement être qualifiée de raciste, de xénophobe, de refermée sur elle-même.

Qui se souvient de l'asile accordé aux soldats de l'armée de Bourbaki? Certains de ces soldats français se sont établis chez nous, les autres sont retournés dans leurs foyers.

Oui, à force d'abus de langage, il suffit de lire certains blogs et commentaires de blog pour s'en assurer, le mot asile a perdu tout son sens, a été dévoyé au nom du mondialisme, du cosmopolitisme, de la marchandisation des êtres humains. Pire, tout cela est défendu par une certaine gauche qui est juste le faire-valoir d'une droite qui a fait du Veau d'Or son culte.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 17/08/2018

"Un pays c’est un hôtel nous dit Jacques Attali, champion du sans-frontiérisme, et chacun devrait pouvoir changer de pays comme d’hôtel."
Attali parle d'un monde idéal, où tous seraient riches, cultivés, polyglottes et peut-être même blancs comme lui. Je ne doute pas que lui-même soit accueilli partout avec le sourire, mais je le trouve mal placé pour parler du monde réel.

Écrit par : Mère-Grand | 17/08/2018

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