Excursion en Absurdie

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J’aime bien bricoler. Je trouve que pour un intellectuel (ou catalogué tel), le travail manuel a quelque chose d’apaisant. Donc l’autre jour je me suis attelé à la fabrication d’un petit meuble en bois nécessitant l’usage d’un certain nombre de vis. C’est ce moment précis que ma visseuse préférée a choisi pour tomber en panne. Décès de la batterie après quelques années de bons et loyaux services. A priori rien de grave, l’appareil étant d’une marque connue pour sa qualité et son suivi. Je téléphone au magasin qui me confirme vendre des batteries de rechange pour ce modèle. Je me rends sur place avec l’outil complet (par précaution) et là, on me présente une batterie neuve (89 CHF tout de même…) qui semble correspondre. Nous l’essayons, cela fonctionne, victoire ! Sauf que le socle en plastique a légèrement changé de forme. Je m’enquiers pour savoir si je ne rencontrerai pas de difficulté pour recharger la batterie puisque la forme de la base a été modifiée. Le vendeur me répond que oui, en effet. Je dois acquérir impérativement un nouveau chargeur (50 CHF de plus).

Devant ma mine dubitative, il désigne dans les rayonnages un coffret de visseuse flambant neuf au prix de 280 CHF, ce qui explose mon budget initial. Mais, me rassure-t-il, si vous attendez demain, elle sera en action à 50%. Pour un seul franc supplémentaire, vous aurez un appareil neuf, complet, avec en prime une batterie de rechange incluse ! Vous en avez, cher Monsieur, de la chance !

A bien y réfléchir, il me paraît que c’est une petite histoire de fous. Nous sommes au delà de l’obsolescence programmée. C’est une incitation directe faite au consommateur à envoyer à la casse un objet en parfait état de marche.

Multipliez ce mini-exemple par toutes les machines domestiques que nous utilisons quotidiennement : téléphones portables, tablettes, ordinateurs, télévisions, électroménager ect… Vous obtenez une société qui marche sur la tête. Faut-il encore s’étonner de l’épuisement des ressources naturelles et du saccage de la planète ?

Si nous ne parvenons pas à inverser la tendance, nous allons droit dans le mur.

En attendant, ayant le privilège d’avoir du temps, je ne saisirai pas la chance qui m'a été annoncée. J'utiliserai le bon vieux tournevis manuel et j’irai fouiller dans les cartons des Puces ou de la Renfile. Je finirai bien par trouver une batterie de rechange. Cela s’appelle, paraît-il, l’économie circulaire. C’est certainement une voie d’avenir…

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