22/04/2018

Un manifeste du racisme anti-Blanc

«Les Blancs, les Juifs et nous» est un petit livre paru en 2016 aux éditions La Fabrique écrit par Houria Bouteldja, égérie bien connue du Parti des Indigènes de la République. La curiosité m’a  poussé à me renseigner plus en détail sur la pensée de celle qui se présente volontiers, sur les plateaux médiatiques, comme une ennemie résolue du monde occidental, à ses yeux du "monde blanc" puisque son objectif proclamé est de remettre en circulation les catégories raciales. Encore peut-on se demander si ces quelques pages méritent vraiment le qualificatif de pensée…

Nous ne sommes pas en présence d’un quelconque programme politique mais d’un parcours autobiographique. Mme Bouteldja se raconte et met en scène ses états d’âme, servie par une écriture qui n’est pas sans qualité ni finesse. C’est d’ailleurs l’aspect le plus intéressant du livre. Nous entrons dans la tête et le cœur de ces enfants d’immigrés maghrébins qui sont habités par un conflit d’identité dont ils ne parviennent pas à sortir. Mme Bouteldja est l’archétype même de la conscience malheureuse. Elle s’explique longuement sur les contradictions qui la traversent, «cette chienne de condition», qu’elle baptise improprement indigène, puisqu’en toute rigueur un indigène désigne celui qui est originaire du pays ou il vit, ce qui n’est pas son cas : « Je ne suis pas d’ici, c’est le destin qui m’a poussée là », «Je suis là parce que j’ai été vomie par l’Histoire ».

D’un côté elle proclame fièrement son appartenance à une Algérie et un Islam manifestement fantasmés, car elle n’a aucune envie de retourner vivre dans un pays qu’elle tient pour corrompu, de l’autre elle se bat contre la honte de soi, «c’est chez nous une seconde peau». Elle se sent bâtarde et sa présence en France et en Occident, elle la vit comme un malheur. Elle n’y trouve pas sa place, elle se voit cernée par « le peuple blanc, propriétaire de la France » qui la tient à l’écart et lui cause toutes sortes de frustrations. Lorsqu’elle commente le téléfilm Pierre et Djemila, qui explore les impasses d’une relation mixte, le lecteur se demande dans quelle mesure l’auteur sous-entend chez elle une déception amoureuse… En soi cette description douloureuse  est attachante en raison même des tensions contraires qui la parcourent.

Mais les choses se gâtent très vite. Qui est-elle vraiment, cette écartelée culturelle ? La réponse fuse page 26: «Avant tout, je suis une victime ». Cette posture de victime est le pivot  autour duquel tourne l’essentiel du propos. A partir de là, Houria Bouteldja déploie les différents aspects de la rente victimaire dont elle estime bénéficier. « Je tenais ma revanche..." 

Elle se veut donc victime de l’oppresseur blanc. Même si dans l’avertissement elle nous explique que les catégories Blancs et Juifs ne sont que des constructions sociales, sa plume la trahit : « Entre les Blancs et nous, il y a la race. Elle se dressera toujours entre nous ». Dans son esprit, le Blanc c’est Descartes, qu’elle n’a à l’évidence jamais étudié. La haine du Blanc est le leitmotiv de ce petit livre, c’est pourquoi il doit être lu comme le nouveau bréviaire du racisme anti-Blanc. A ce titre, il est une déclaration de guerre  à prendre au sérieux.

Les Juifs ne sont bien sûr pas épargnés et pas seulement à cause du sionisme, que sans originalité Mme Bouteldja conspue de concert avec ses camarades islamo-gauchistes. Une jalousie tenace sous-tend ses attaques. Les juifs seraient un minorité qui a conclu un « pacte avec le diable » (blanc bien sûr), qui réussissent là ou les « indigènes » échouent et qui serviraient de caution à la bonne conscience blanche. S’adressant aux Sépharades à propos du décret Crémieux, elle va jusqu’à écrire « Vous ne pouvez pas ignorer que la France vous a faits Français pour vous arracher à nous, à votre terre, à votre arabo-berbérité. Si j’osais, je dirais à votre islamité ». Elle n’oublie pas au passage de les accuser d’avoir laissé la commémoration de la Shoah devenir une religion civile européenne et d’en retirer les dividendes… "n'en déplaise à Claude Lanzmann".

Il y a chez Houria Bouteldja un art de la provocation qu’elle exerce avec une jouissance sensible, comme dans le morceau de bravoure   "Ahmadinejad, mon héros » à propos des homosexuels.

Sans surprise l’ouvrage se conclut par un chapitre sobrement intitulé       «Allahou akbar» qui enrôle l’Islam dans sa croisade personnelle contre le Blanc Descartes, à moins que ce soit l’inverse : « De sa foi, l’indigène tire sa puissance »…  

Au fond, Mme Bouteldja rêverait de devenir l’Angela Davis des quartiers sensibles des banlieues françaises. Nous lui conseillons plutôt d’abandonner ses velléités  politiques "d'amour révolutionnaire" dépourvues de la moindre crédibilité pour se consacrer à la littérature introspective ou elle pourrait trouver cette place qu’elle cherche désespérément. Elle en a peut-être l'indéfinissable talent.

12:20 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

28/03/2018

Donner sa vie

 

Par un mystérieux concours de circonstances, les obsèques nationales du Lieutenant Colonel Arnaud Beltrame se sont déroulées au cœur de la Semaine Sainte chrétienne qui va du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques. Bientôt ce sera Vendredi Saint. Ce jour-là les chrétiens font mémoire de l’arrestation, du procès, de la condamnation et de la mise en croix de leur Maître. L’Evangile de Jean rapporte cette parole du Christ à ses disciples : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (15 :23). Cette parole récapitule ce que fut la trajectoire terrestre de Jésus de Nazareth. Elle projette aussi un éclairage particulier sur ce que pourrait être la trajectoire de quiconque se réclame de lui. Elle nous fait comprendre le sens véritable du mot martyre. Loin d’être une quête suicidaire de la mort entraînant avec elle la mort des autres, elle envisage la grave possibilité que le don de sa vie puisse être consenti pour ne pas renier sa foi au service des autres. Le martyre chrétien ne recherche jamais la mort car il croit à la vie et au fond ne croit qu’à cela. Mais il admet que le sacrifice suprême de sa vie puisse être parfois nécessaire pour sauver celle des autres. C’est exactement ce que Arnaud Beltrame a incarné et devant ce geste, nous restons sans voix car qui d’entre nous se sentirait capable sans vaciller d’une pareille abnégation ? Même si très probablement, il a dû espérer par devers lui qu’il parviendrait à maîtriser le djihadiste sanguinaire…

Jusqu’à récemment, nous étions enclins à penser que, dans nos pays d’Occident endormis par des années d’opulence et de tranquillité, le martyre chrétien était un motif abstrait, appartenant à la littérature ancienne. A l’évidence, c’était faire l’impasse sur que subissent sans relâche sous nos yeux les chrétiens d’Orient. Le geste héroïque d’Arnaud Beltrame vient rappeler brutalement que nous autres Européens sommes entrés dans une sombre vallée qui n’a pas fini hélas de réclamer le prix du sang…

C’est donc bien le moment de nous préparer à défendre ce en quoi nous croyons vraiment. A témoigner, au sens fort s’il le faut (le mot grec martus signifie témoin), de ce qui nous anime. Tant pis pour les faux semblants, les précautions oratoires, les pudeurs de chaisières ou les amabilités convenues. L’heure n’est plus aux élégances diplomatiques. Habituons-nous plutôt à parler de façon vraie, qu’importe la rudesse éventuelle nous y verrons plus clair et nous rendrons service à tout le monde. L’heure est au courage, qui est la chose la plus difficile qui soit. Toutefois, dans la sombre vallée, nous n’y sommes pas seuls. Non seulement la grandeur exemplaire d’un Arnaud Beltrame montre le chemin mais les forces nous seront données précisément parce que nous ne parions que sur la vie.

Après Vendredi Saint il y a Pâques. En hébreu, pessah c’est le passage. Au bout de la sombre vallée, il est un passage. Ne doutons pas que nous finirons par passer, tant il est vrai que la vie est toujours la plus forte.

16:00 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

25/03/2018

Racisme à toutes les sauces...

L’usage abusif d’un mot et son emploi à tort et à travers finissent par faire perdre à ce mot tout sens discernable. Ainsi en est-il de l’adjectif «raciste» par lequel un représentant de communauté religieuse interrogé par des journalistes de la TSR vient de qualifier la loi sur la laïcité actuellement débattue au Grand Conseil de Genève.

Pour mémoire, le racisme est la conviction qu’il est possible catégoriser et de hiérarchiser les êtres humains en races en se basant sur des critères physiques et ethniques. Par extension, il désigne toute forme d’oppression d’un groupe en raison de ces critères. En Suisse, faut-il le rappeler, le racisme est un délit.

Il est juste sidérant qu’une loi relative à la laïcité, sous prétexte qu’elle proscrit les signes religieux au Grand Conseil et dans les délibératifs, puisse être traitée de raciste, alors même qu’elle vise à mettre entre parenthèses les différences notamment religieuses qui sont susceptibles de créer des tensions inutiles parmi nos futurs édiles. Que je sache la laïcité a toujours constitué un solide rempart contre les discriminations de toute sorte.

D’autre part en aucun cas une dogmatique religieuse ou une idéologie ne peut être assimilée à une ethnie. L’Islam puisqu’il s’agit de lui n’a jamais constitué une race , pas plus que le protestantisme ou le boudddhisme. Sa composition humaine à travers le monde est extrêmement variée. Donc comme dogme ou comme idéologie, sa mise en cause théorique est possible sans que cela constitue un délit raciste.

Au fond ce représentant voulait dire qu’en tant que musulman, il se sentait mis en cause par la laïcité. Il est tout à fait exact que la notion de laïcité n’entre pas dans le champ conceptuel de l’Islam. La raison en est simple. Pour ce dogme, l’ensemble de la réalité a vocation à être régie par la juridiction divine. Du coup la laïcité constitue, à ses yeux, une limite humaine arbitraire posée à cette ambition théologique. Limite qui n'a évidemment rien de raciste.

Je voudrais suggérer à ce représentant de se poser les seules questions qui vaillent à mon humble avis : Qu’en pensent les autres, ceux de l’extérieur qui ne partagent ni son dogme ni ses croyances ? Se sentent-ils mis en cause par la laïcité ou au contraire protégés par elle des débordements d’une parole trop absolue, bien plus divinisée que divine ? Toutes les âmes religieuses, à quelque obédience qu'elles appartiennent, devraient prioritairement se demander: Qu'est que ma foi fait aux autres, à ceux qui ne la partagent pas ? 

 

Vincent Schmid

11:35 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |