• Le père effacé

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    Désormais la place du père pourra être vacante de par la loi. Telle est la conséquence la plus concrète du projet sur la PMA sans père qui sera largement voté à n’en pas douter par l’Assemblée Nationale française. Tout se passe comme si le législateur admettait qu’un enfant puisse, dés sa conception, être privé de père. L’Académie de Médecine a bien essayé de mettre en garde contre la révolution anthropologique, qu’elle juge majeure, impliquée par le projet. Il est à craindre qu’elle ne soit pas entendue, tant le « progressisme » triomphant semble hermétique aux interrogations de conscience. Le seul élément que ce dernier retient dans son argumentation consiste en la satisfaction des pulsions et désirs sacralisés de l’individu consommateur sous prétexte de liberté et d’épanouissement. «Jouir sans entraves», décidément ce slogan que l’on pouvait croire éculé de mai 68 est à l’ordre du jour.

    Ce qui passe à la trappe évidemment, c’est le souci d’autrui que l’on appelait autrefois la responsabilité envers le prochain. A commencer par ces très petits prochains que sont les enfants en gestation. Que leur répondra-t-on le jour ou ils demanderont : Pourquoi m’avez-vous volontairement privé de père ? Je ne voudrais pas être à la place de ceux qui devront répondre.

    Les progressistes objecteront que des enfants sans père, cela s’est déjà vu. Certes la vie est pleine d’aléas dramatiques mais   de tels accidents sont en principe involontaires. La tragédie ou le malheur font appel à la  résilience de l’être humain et en général on finit par s’en sortir. Mais une loi décrétée par un parlement de politiques pour satisfaire un désir d’enfant déconnecté du réel (et accessoirement pour engranger quelques suffrages en vue des élections…), comment s'en sort-on ?

    Peut-être à terme ne se passera-t-il rien de marquant mais peut-être que oui. Nul ne peut le prédire.

    Comme si du reste la venue de l’enfant signifiait l’épanouissement et le bonheur automatiques des parents. L’expérience courante tend souvent à montrer le contraire. Mettre un enfant au monde est une responsabilité considérable, presque un pari, rien n’est gagné à l’avance. L’éducation est un travail exigeant qui requiert sacrifice et don de soi. Les déconvenues et les conflits, parfois durables, ne sont pas exclus. Je pense à cette grand-mère qui me confia, un jour, réaliste: les enfants, c’est beaucoup d’inquiétude… Donc un père et une mère ne sont pas de trop pour faire face à cette inquiétude.

    C’est pourquoi, avant d’autoriser une fuite en avant sans visibilité, il eût été sage d’invoquer le principe de précaution, pour une fois largement justifié.

    Pour l’heure en Suisse la PMA est réservée aux couples mariés en cas d’infertilité ou de risque de transmission d’une maladie grave. Deux mille enfants environ par année naissent grâce à cette méthode et il faut s'en féliciter.  Il est à souhaiter que cette loi, bonne et utile, reste chez nous en l’état mais je suis moyennement optimiste pour le futur. Le progressisme n’a pas achevé sa conquête des esprits...

    Curieuse époque tout de même,  dans laquelle le devoir de responsabilité qui pendant des siècles a été au fondement de notre culture est mis au rebut par des pseudo-modernes. Tu aimeras ton prochain comme toi-même est devenu : aime-toi toi-même et peu importe le prochain....

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  • Les mots sont aussi des armes

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    Le Dictionnaire Larousse vient d’accorder une victoire considérable aux islamistes. Il définit ainsi le mot islamophobie : hostilité envers l’Islam et les musulmans.

    On ne sait pas vraiment qui est l’inventeur du terme. Certains le font remonter à la période de l’administration coloniale qui attendait du colonisateur qu’il traite sans mépris les populations sous tutelle. Le régime de Khomeiny en Iran l’a exhumé pour les besoins de sa propagande. Les Frères Musulmans l’ont employé à leur tour pour lutter contre la laïcité en Egypte, puis ils l’ont mis au service de la conquête mondiale qu’ils préconisent ouvertement. Tarik Ramadan en fut un propagateur zélé.

    C’est dire combien le mot islamophobie est piégé. Celui qui l’utilise plonge dans une ambiguïté délétère consistant à confondre en permanence doctrine et personnes. Le philosophe Henri Pena Ruiz en a fait l’amère expérience. En revendiquant le droit à l’islamophobie lors d’une conférence publique consacrée à la laïcité, il a déclenché un tollé contre lui qui paraît l’avoir beaucoup ébranlé. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été prudent. Cet intellectuel respecté a usé de moult précautions oratoires. Selon lui être islamophobe c’est rejeter l’Islam comme doctrine théologique. En revanche rejeter des personnes au prétexte qu’elles sont musulmanes, c’est du racisme. 

    Peine perdue, le mot lui a sauté au visage précisément parce que, dans la définition qu’en donnent les islamistes désormais consacrée par Larousse, croyance et personnes sont indissolublement agrégées. S’attaquer à l’un c’est s’attaquer à l’autre, qu’on le veuille ou non.

    En vérité le mot islamophobie est un mot piégé parce qu’il est une arme forgée par l’adversaire. Il est conçu pour compromettre quiconque le revendique comme un droit alors même qu’il semble découler de la liberté de conscience qui prévaut sous nos latitudes. Il fait automatiquement basculer son utilisateur du terrain de la saine critique du dogme à celui, combien plus trouble, de la détestation des personnes adeptes de ce même dogme.

    Pour ma part je me suis toujours méfié de ce terme et j’évite de l’utiliser. Je pense qu’il ne faut plus l’employer, il faut le bannir des débats et refuser qu’il nous soit imposé. Il est en quelque sorte radioactif et rien de bon ne peut en sortir.

    Il a un autre inconvénient majeur. Il ne rend pas justice à une réalité qu’on ne souligne pas assez, à savoir que les lanceurs d’alerte les plus engagés et les plus exposés contre l’obscurantisme islamiste et ses conséquences sociales et politiques sont souvent issus eux-mêmes de la culture musulmane. De Taslima Nasreen à Zineb el Rhazoui, de Salman Rushdie à Waleed al Hosseini, de Wafa Sultan à Malika Sorel, de Lydia Guirous à Jeannette Bougrab, la liste est longue et soutenue. Significativement, ce sont souvent des femmes. Or par définition ces gens ne peuvent pas être racistes envers leurs semblables issus de la même culture, ce serait le comble de l’absurdité.

    C’est pourquoi je propose qu’on préfère à islamophobie le néologisme islamo-critique. Critique est un superbe mot philosophique venant des Grecs, « krinô », qui veut dire distinguer, trier, discerner. Il désigne une opération cognitive qui met de l’ordre dans les idées et les éclaircit puisque la plupart du temps nous pataugeons dans la confusion et les approximations. Tous les systèmes de pensée, qu’ils soient religieux, non religieux ou philosophiques sont susceptibles d’être passés au crible de la critique. Et il est parfaitement possible de mener une critique, même radicale, en respectant les personnes. Il est urgent de retrouver l’art perdu de la « disputatio » dans lequel excellait un Raymond Lulle. Cela nous évitera des tensions et des humiliations inutiles. Lorsque Jésus recommande d’aimer son ennemi, il veut dire que l’affrontement ne doit jamais faire oublier que mon ennemi reste un être humain comme moi.

    Le fanatisme commence lorsque, au lieu d’échange d’arguments, on s’en prend aux personnes. Et chacun sait que l’esprit critique n’est pas le point fort des fanatiques…

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