La dernière carte de l'Union Européenne

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Depuis le 2 mars au matin, le quatrième corps de l’armée grecque est déployé le long de la frontière avec la Turquie en Thrace et sa marine patrouille au large des iles du nord-est de la mer Egée. Ce déploiement militaire (et policier) constitue la réponse du gouvernement grec  à la menace suivie d’effets de l’homme fort de la Turquie, M. Erdogan, d’utiliser les millions de réfugiés et de migrants qui se trouvent sur son sol comme un moyen de pression contre l’UE.

En effet la Turquie ne se sent pas assez soutenue par ses partenaires de l’OTAN dans son improbable aventure syrienne. M. Erdogan est un islamiste convaincu, Frère Musulman déclaré, qui rêve de conquête néo-ottomane. Il n’a jamais caché son mépris pour l’Union Européenne et ses « valeurs » ni ménagé ses efforts pour y imposer des foyers de culture islamique pure et dure.

L’UE avait conclu avec lui un pacte, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, pour que le scénario de 2015 ne se reproduise pas (un million de réfugiés accueillis en Allemagne avec pour principale conséquence la déstabilisation du paysage politique allemand que l’on sait).  C’est à dire qu’on lui a mis entre les mains un outil de chantage extrêmement efficace dont il se sert avec un cynisme absolu. Il faut dire qu’à une pareille échelle (potentiellement quatre millions de personnes) le flux migratoire se transforme en vague d’invasion, puisque selon une formule de dialectique hégélienne souvent citée, à partir d’un certain seuil la quantité se transforme en qualité.

Ce qu’il faut bien nommer un péril stratégique majeur, en face duquel les Grecs se tiennent aujourd’hui en première ligne, pourrait impacter profondément l’ensemble de l’UE, y compris les pays qui n’en font partie comme la Suisse.

Que va faire l’Union ?

Question cruciale dont la réponse constitue la dernière carte de l’Europe qui joue là sa crédibilité et son avenir.

Ou bien elle tourne le dos à sa politique d’herbivore (dixit un ministre allemand) suivie depuis des années et décide de renforcer et contrôler ses frontières extérieures face au carnivore Erdogan en aidant la Grèce militairement et financièrement. Elle répondrait ainsi à l’inquiétude légitime des peuples autochtones, l’Europe qui protège devenant alors autre chose  qu’un élément de langage creux. 

Ou bien elle cède au chantage et ouvre les vannes. Outre qu’il s’ensuivrait une probable flambée des populismes, elle enclencherait le processus de sa propre désintégration. Cela conduirait immanquablement à d’autres Brexits.

Les pays du groupe de Visegrad et l’Autriche ont immédiatement apporté un soutien sans ambiguité à la Grèce. Mais qu’en sera-t-il des autres, de M. Macron, d’une Angela Merckel en fin de course ou de  Mme von der Leyden ? Sans parler des pays nordiques qu’on n’entend tout simplement jamais.  

Que l’UE se dote enfin de frontières extérieures dignes de ce nom est une nécessité de premier plan. Le mot frontière n'est pas une insulte, il ne désigne pas l’enceinte d’un camp de concentration mais un instrument de régulation et une affirmation de souveraineté. C'est grâce à cet instrument que peuvent être distingués celles et ceux qui sont véritablement éligibles au droit d'asile...    

Mais cela ne suffira pas. Il faudrait encore réviser les alliances stratégiques (l’OTAN est une association complètement dépassée qui sert juste de débouché commercial au complexe militaro-industriel américain). Il faudrait  bannir une fois pour toutes l’ubris néo-conservatrice en cessant d’intervenir à tort et travers  dans les affaires des autres (la Lybie est un cas de figure exemplaire). Il faudrait mettre sur pied enfin de véritables partenariats de reconstruction et de développement qui permettent aux populations contraintes à l’exil de pouvoir vivre et travailler sur la terre de leurs ancêtres.

Nul doute que nous ne vivions en ce moment des  heures historiques.

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