Retour sur soi

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Notre génération est aujourd'hui témoin de l’un des plus extraordinaires phénomènes qu’il aura été donné de voir à ce jour, à savoir le confinement de la planète pour cause de pandémie. Je ne verse pas dans l’hyperbole en affirmant qu’à cette échelle l’évènement est sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Par le biais du Web, chacun peut suivre l’évolution de la situation mondiale en direct sans bouger de chez lui. Du jamais vu au sens strict.

Ce jamais vu nous confronte brutalement à notre propre finitude. Nous prenons (désagréablement) conscience que la mort rôde partout autour de nous. Rien de nouveau ou d’inédit en soi, puisque la mort rôde en permanence autour de nous, de par la maladie, les accidents, les guerres ou le terrorisme. Mais cela nous l’oublions dés lors que nous ne sommes pas directement touchés. Seule une menace dans laquelle nous sommes immergés fait prendre conscience de la précarité de la vie qui, selon le mot du poète, est une petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au coucher du soleil…

Nous nous découvrons alors pour ce que nous sommes intimement, une conscience de soi sous le regard de la mort. Pour une fois, cette conscience a le temps de s’installer puisque nous sommes contraints, pour la plupart, à ralentir voire à s’arrêter pour une durée indéterminée qui pourrait être longue.

Ce temps certes perdu pour l’économie pourrait être un temps gagné pour la réflexion et l’introspection. Nous est offerte la possibilité de faire le point sur soi-même et en soi-même. Quelles sont les vraies richesses ? A quoi ai-je employé ma vie jusqu’à maintenant ? En quoi ai-je investi mes forces, mon espérance, ma sécurité ? Quel est mon but ? Où en suis-je dans mes relations avec les autres ? En supposant que je doive partir demain, suis-je en paix avec cette idée ? Ai-je su aimer comme il le fallait ? Jean de la Croix affirme qu’au dernier jour, nous serons jugés sur l’amour…

Ce malheur, car c’en est un, est également riche en enseignements. Emerson note que le Bien est un bon docteur mais que le Mal en est quelquefois un meilleur. Les menaces, les obstacles, les dangers sont des éducateurs. Ils brisent les innombrables routines, dégagent l’essentiel de l’accessoire, laissent le champ libre à des êtres et des formes nouveaux. Certaines de ce que nous croyions être des conquêtes de la modernité vont être abattues par cette crise. C’est donc qu’elles n’étaient pas si solides. Elles devront être repensées et réinventées.

Un temps s’ouvre surtout pour la découverte de ressources trop souvent insoupçonnées : l’énergie spirituelle existe, elle est à la portée de tous. Face à l’épreuve collective, il va falloir être forts, patients et résilients. Il va falloir garder le contrôle de soi et se montrer responsables, attentifs aux autres.

Le cygne noir de la pandémie adresse à tous le même défi : l’heure de naviguer par vents contraires a sonné. Il est possible d’acquérir cet art de navigation-là, que l’on peut dire spirituel par excellence, en redécouvrant la Source de nos ressources. Par les temps qui courent, c’est une arme non négligeable. « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » constatait déjà, rempli d’étonnement sur lui-même, l’apôtre Paul.

Bien sûr la maladie sera vaincue, elle finira par s’éteindre quel qu’en soit le prix à payer. Aura-t-on alors la sagesse d’en sortir meilleur ? L’être humain amélioré sera celui qui saura convertir l’élément moralement inférieur en supérieur.

L’opportunité est là, devant nous.

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