Rien de caché qui ne doive être découvert

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Pandémie ravageuse, confinement général, effondrement économique, le maelström historique qui s’est emparé de la planète opère une dissection à vif des illusions de la démesure post moderne. Une très violente mise à nu s’opère sous nos yeux, obligeant à reconsidérer beaucoup de choses considérées jusqu’ici comme acquises. En voici quelques-unes.

L’utopie mondialiste est à revoir de fond en comble. Elle a montré des failles gigantesques ainsi que sa dangerosité. Pourquoi les pays occidentaux se sont-ils depuis des années volontairement dessaisis de leur souveraineté en matière de médicaments, par exemple ? Par appât du gain bien sûr, et voilà le résultat.

L’Union Européenne est aux abonnés absents. On me rétorquera qu’il n’y a pas de ministère de la santé au niveau européen, cela n’existe pas. Cette incompétence, ou plutôt cette non compétence, vient alors s’ajouter au piteux cafouillage bruxellois provoqué par les menaces de M. Erdogan. A quoi peut bien servir cette Union si elle n’est même pas capable de protéger efficacement ses populations ? Question ouverte.

Dans le même ordre d’idée, la notion de frontière doit être impérativement revalorisée. Le progressisme a martelé sur tous les tons que la frontière était un vestige du monde ancien, un reliquat des passions nationalistes qui ont jadis fait tant de dégâts et que seul un monde sans frontière était éthiquement acceptable. C’est oublier qu’une frontière a plusieurs fonctions. Elle délimite un espace de souveraineté qui garantit la sécurité et donc l’exercice de la démocratie; elle est un outil de régulation des migrations. Il a été beaucoup rappelé que le virus n’avait pas de passeport. Certes, mais les porteurs du virus en ont un, eux. Il est devenu évident aujourd’hui que la frontière est aussi un moyen parmi d’autres de lutter contre le fléau qui nous accable.

Notre rapport à la Nature se révèle dans son ambivalence. La mise en veilleuse forcée de la machine économique produit d’étonnants résultats sur l’environnement. En témoignent la diminution voire la disparition de la pollution sur certaines grandes zones industrielles, la clarté cristalline des eaux des canaux de Venise ou le retour des dauphins dans certains grands ports de la Méditerranée qui plaident en faveur d’une prise en compte écologique sérieuse et responsable.

Mais d’un autre côté le virus est aussi une forme de vie qui appartient à la Nature et l'Univers en mouvement… Nous sommes aux antipodes d’une sacralisation naïve de la déesse Gaïa. Lorsque Descartes a prononcé sa fameuse formule « se rendre maître et possesseur de la Nature », il pensait surtout à la médecine. Au vu de ce qui se passe en ce moment, ce n’était pas si ridicule. Face à la Nature, nous devons être humbles et prévoyants à la fois, nous devons autant la respecter que s’en préserver.

Nous-mêmes sommes mis à nu. Confrontés à nous-mêmes dans le huis-clos du confinement. Réduits à nos propres ressources. Que sortira-t-il de cet exercice contraint, terriblement inégal ? Peut-être un examen de conscience salutaire, espérons-le.

Je n’oublie pas cependant que l’orage de la pandémie révèle de vraies valeurs. L’altruisme et l’esprit de sacrifice des soignants, l’opiniâtreté des chercheurs qui font avancer la connaissance du virus et qui préparent des parades, l’héroïsme discret des caissières des supermarchés et de tous ceux qui maintiennent en état de marche les services vitaux de la collectivité à leurs risques et périls sont mis en pleine lumière. Tout cela constitue la grandeur humaine et un puissant motif d’espérance. Il doit être parfaitement clair que demain, rien ne pourra être reconstruit de solide et de durable en faisant abstraction de cette dimension essentielle.

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