Impressions d'un confiné

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  Je n’entends rien à la médecine, raison pourquoi j’ai l’habitude de faire confiance aux praticiens auxquels je m’adresse. Mes impressions sont donc celles d’un entendement moyen muni de son seul bon sens et dénué de la moindre prétention à l’expertise en ce domaine.

  Depuis l’annonce de la pandémie et en quelques jours le monde s’est transformé en un immense hôpital. Nous avons été reclus, de façon plus ou moins extrême selon les pays, dans nos maisons et nos appartements. Les blouses blanches ont envahi les écrans des chaines en continu et les journaux d’informations sont devenus des bulletins de santé. Le biopouvoir, pour reprendre une expression prophétique de Michel Foucault, a pris les choses en main et s’est mis d’autorité à notre chevet. Les politiques, tétanisés par le risque de mal faire, ont cédé le pas et se sont mis à la remorque de leurs conseils scientifiques, personne ne leur en fera le reproche au départ tout au moins.

  Mais ce qui aurait dû être plutôt rassurant pour les peuples désorientés – quoi de plus rassurant en principe que des spécialistes à la barre du navire par gros temps ?- s’est avéré en réalité stressant et diffuseur de panique.

  Parce que chaque blouse blanche y est allée de son diagnostic, assénant des avis tranchés au nom de la science et voici que les diagnostics allaient dans tous les sens. On a entendu tout et son contraire. Les controverses et les polémiques se sont succédées sans discontinuer sur l’agora électronique planétaire, phénomène inédit dans l’Histoire.

  Fallait-il ou non confiner ?  Faire le choix ou non de l’immunité de groupe ? Recourir au traçage électronique pour tous ? Prendre ou non la température des nouveaux arrivants ? Les virus ont-ils un passeport ?  Les masques servent-ils à quelque chose ou pas ? En l’absence de vaccins, quels traitements seraient susceptibles d’aider les malades ? D'ailleurs y aura-t-il seulement un vaccin ? Tel médicament est-il plutôt utile, plutôt nocif ? En cas d’urgence doit-on appliquer les protocoles classiques de la recherche même s’ils sont longs ? Les enfants sont-ils plus ou moins contagieux que les autres? Le virus a-t-il été fabriqué ou est-il naturel ? Est-on en présence d’une épidémie moyennement létale ou d’une menace apocalyptique ? Les modèles informatiques appliqués à la propagation du Covid19 sont-ils fiables ? Y aura-t-il une deuxième vague ?

  Qu’on me comprenne bien, toutes ces questions sont parfaitement légitimes, d’autant que le virus était un parfait inconnu et que nul ne savait à quoi s’attendre lorsqu’il a surgi. Mais ce ressassement à jet continu dans les médias a sévèrement contribué à faire monter notre niveau d'adrénaline.

  Des rivalités sont apparues entre médecine publique et privée, celle hospitalière et celle dite de ville, entre universitaires et gens de terrain, entre lobbys pharmaceutiques et enjeux stratégiques. Des conflits d’intérêt, des coteries, des réseaux et des manipulations se sont dévoilés. Les coups bas, les annonces fracassantes et les démentis cinglants, les querelles d’écoles et les luttes de chapelle ont été complaisamment relayés voire attisés par des journalistes ravis de l’aubaine. Sans oublier les haines personnelles et les noms d’oiseaux  répercutés avec gourmandise: gourou, escroc, mandarin, mercenaire, faussaire, hors-la-loi et le reste à l’avenant. Sur les réseaux sociaux chacun s’en est mêlé, chacun s’est mué en expert et c’est devenu une gigantesque foire d’empoigne. Au point d’aboutir à des sondages d’opinion surréalistes du genre : Etes-vous pour ou contre tel médicament ?

  En tant que théologien cela m’amuse beaucoup de constater que le débat qui se voulait scientifique – car nous sommes modernes ne l’oublions pas - n’a pas été épargné par ce qu’on appelait jadis la rabies theologica, la rage théologique, c’est à dire les dogmes, les anathèmes, les inquisitions, les excommunications et autres hérésies. Il y a quelques chose de religieux dans ces guerres pichrocholines. Humain, trop humain…

  Bergson n’avait peut-être pas tort d’affirmer que la médecine se tient au croisement de la science expérimentale et de l’art. Malgré la formidable accumulation des connaissances, l’homme moderne reste, en face des redoutables énigmes de la nature, aussi démuni que ses lointains ancêtres. Quand à la surinformation contradictoire dont nous avons été abreuvé ces dernières semaines, elle laisse songeur. Elle a largement contribué à installer une méfiance généralisée qui ne se dissipera pas du jour au lendemain. Etait-ce bien nécessaire ?

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • Merci. Ça fait toujours du bien de lire des propos de bon sens, loin des polémiques superflues

  • Peut-être que dans les crises, les Trissotin prolifèrent et ce n’est pas surprenant. En revanche, ce qui est nouveau, ce sont les canaux de distribution de ces « expertises » qui, avec Internet et les écrans, se sont multipliés au point de nous envahir. Et, effectivement, cette surabondance d’informations contradictoires est anxiogène.

  • "c’est devenu une gigantesque foire d’empoigne" C'est vrai mais non sans raison. Cette épidémie est évidemment vue par les pharmas comme une bonne affaire potentielle. Survient un gêneur qui prétend qu'un médicament bon marché et mondialement connu peut fortement réduire la prolifération du virus. Eh bien, aujourd'hui, on peut dire que grâce aux réseaux sociaux, les industries pharmaceutiques n'ont pas directement gagné la guerre avec l'appui massif de la presse, de la radio et de la télévision, toutes chargées de démolir l'affreux docteur Raoult. Je trouve cela positif...
    Souvenez-vous de la guerre du Kosovo. Les USA ont soutenu l'UCK, un mouvement maoïste qui se finançait en trafiquant de la drogue et des organes humains à condition qu'ils soient serbes. Le but des Américains était d'y construire une nouvelle base pour encercler la Russie, terre de ses ennemis millénaires* pour lesquels ils vouent une haine raciste incommensurable. C'est fait. Avec l'aide de la presse européenne au garde-à-vous, sauf Régis Debray. Cela se passerait-il de la même manière aujourd'hui, avec les réseaux sociaux ? J'en doute. En tout cas, Micheline C-R aurait eu plus de peine à reconnaître l'indépendance du Kosovo pour complaire aux USA...

  • Bon, beaucoup d erreur.

    Vous parlez d un territoire d un autre territoire.
    En France il n y pas de connexion bourgeoise.
    La bourgeoisie médiatique ne fréquente pas la bourgeoisie médicale. Elle applique sa méthode c est à dire la polémique pour l audience. L image, du médecin, nécessaire à la confiance est secondaire ou absente ca n existe plus l image pour l image en France. En d autres termes, on s en fiche.
    Donc voyez vous rien à voir avec de multiples complots de vaccins de super puissance pharmaceutique de réseaux cachés, de la belle sœur a bill gates, de la quatrième guerre du golf du Kosovo. C est beaucoup plus simple.

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