La Nostalgie du Sacré

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Michel Maffesoli, professeur émérite à la Sorbonne, est un sociologue singulier qui scrute et réfléchit en dehors des repères habituels de cette discipline. Avec la Nostalgie du Sacré (1), il nous livre un essai passionnant sur la religiosité post-moderne. Selon lui beaucoup de signes montrent que quelque chose est en préparation dans l’ordre spirituel des choses. Cette affirmation peut sembler paradoxale à l’heure où, en Occident tout au moins, les Eglises sont à la peine et le christianisme en voie de diminution.

Mais qu’appelle-t-on Eglises et qu’appelle-t-on christianisme ? Michel Maffesoli constate que les institutions ecclésiales ont suivi l’air du temps et qu’elles paient ce suivisme au prix fort. Ce qui a aujourd’hui partout le vent en poupe est la révolte contre les lieux communs de la bienpensance dominante, la saturation d’un modernisme paranoïaque qui enferme l’homme dans l’immanence et l’autosuffisance, le rejet des élites déconnectées incapables de saisir le tsunami spirituel en cours. Les institutions qui, par veulerie intellectuelle ou manque de courage, ont adopté des pensées convenues pour paraître au goût du jour sont atteintes par cette révolte et condamnées à l’insignifiance. Car nous annonce-t-il, «dans le mouvement pendulaire des histoires humaines, après le progressisme, toute une série d’indices incitent à voir son reflux » (p99). Les organes chrétiens ayant pignon sur rue ont adopté les « valeurs » progressistes et sociétales avec un temps de retard comme toujours. Au moment même où ils célèbrent ce "progrès" du christianisme, ce "progrès" est train de se retirer partout ailleurs comme se retire la mer… Ce qu’on prend pour du progressisme théologique n’est rien d’autre qu’un ensemble d’idées surannées appartenant à une époque révolue. Pendant ce temps, «quelque chose d’alternatif renaît» (p 107). Et ce quelque chose commence avec l’acceptation du trésor caché de la tradition. Tradition moquée, vilipendée ou tout simplement ignorée dont on reconnaît soudain qu’elle est une source inépuisable de « vérités pérennes et supra-individuelles » (p152).

Certes Michel Maffesoli pense en catholique mais sa perspective est suffisamment vaste pour que d’autres s’y retrouvent. Au passage il égratigne la Réforme mais en réalité c’est plutôt à la vulgate de Max Weber qu’il s’en prend, selon moi responsable de toute une série de clichés et contresens sur le protestantisme ( Weber était économiste et sociologue…). En vérité le calvinisme n’ignore pas du tout l’importance de la tradition. Le retour à l’Ecriture était pour Calvin un retour aux sources de la tradition. Le mouvement qu’il amorce n’était pas une fuite en avant dans la modernité mais à l’inverse un mouvement de retour aux origines dans un but de refondation. Le paradoxe apparent est que ce mouvement de retour a accouché, par contrecoup, de la modernité. Paradoxe qui échappe à notre auteur.

Quoiqu’il en soit il y a dans cette stimulante réflexion  du grain à moudre pour nos Eglises réformées, toujours prêtes à monter dans l’avant-dernier train à la mode… Une aspiration spirituelle puissante est en train d’émerger et de chercher son incarnation.

A mon avis la veine calvinienne garde toutes ses chances pourvu qu’elle prenne soin d’entretenir le feu sacré qui la constitue.

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Commentaires

  • Merci pour ce retour de lecture. J'espère que vous développerez davantage dans un prochain post ce que pourrait signifier, aujourd'hui, pour un protestant notamment, le retour au "trésor caché de la tradition" en partant des réflexions de Michel Maffesoli.

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